Writober 2022 Jour 3

La nébuleuse sombre 

 

      A bord du Swan-Leavitt II, l’équipage observe à travers la baie d’observation le mur sombre qui s’étale devant eux; sans filtre et dans le spectre de lumière visible pour l’être humain, il ne peut voir que du noir. Et pourtant, leur destination se trouve au-delà de cette barrière. 

      Le Swan-Leavitt II, nommé ainsi en l’honneur d’une astronome du XIXème et XXème siècle, fait partie d’une flotte envoyée, à la fois, pour explorer les nébuleuses sombres mais aussi pour évaluer si l’installation d’une station spatiale voire d’une colonie y est possible. 

      De la Terre, cette nébuleuse dévoile une tout autre apparence, on l'a nommée Nébuleuse de la Tête de Cheval, ses contours décrivant vaguement la silhouette d’un mammifère que peu de gens à bord ont eu l’occasion de croiser. De loin ce nuage à une forme très irrégulière et peut donner lieu à des paréidolies, comme dans le cas de cette formation. Les plus grandes nébuleuses forment un grand voile noir sur la voute étoilée dissimulant une grande partie des étoiles situées derrière elles. Elles sont composées de gaz et de poussières très denses. L’observation des nuages dans le domaine des micro-ondes a permis de mettre en évidence des étoiles en formation, assister à un tel spectacle serait inespéré pour ces nouveaux explorateurs.

      Durant son approche, par saut de puces, parcourant en un instant plusieurs années lumières, le navire a vu les étoiles et les corps célestes se faire de plus en plus rares, jusqu’à arriver dans une zone quasiment vide face à la nébuleuse. Equipé d’immense collecteur, nommés Bussard en l’honneur de l’homme qui les a imaginés longtemps auparavant, le vaisseau va récolter et analyser la matière qui compose la nébuleuse plus efficacement que les observations à distance. L’hydrogène sous sa forme H2 en abondance et la poussière promet de la matière et de l’énergie en grande quantité pour l’humanité si celle-ci parvient à l’exploiter sans danger. 

 

      Un dernier micro-saut rapproche le vaisseau “au pied du mur”, la frontière pour pénétrer le nuage est indéfinie, dans un premier temps seul les capteurs dont sont bardés des collecteurs Bussard permettent de dire que la densité autour du vaisseau augmente. Bientôt ce sont les taux de radiations qui augmentent aussi. Les observations dans les différentes longueurs d’onde dévoilent des reliefs dessinés par les différences de concentration de gaz; au loin l’équipage devine des amas plus denses, peut-être de futures étoiles. 

      La plus petite erreur de pilotage peut être fatale, assister par l’IA du vaisseau, les pilotes sont à l’affut du moindre danger, mais l’erreur provient de la salle des machines. Sous l’afflux de gaz, les collecteurs surchauffent bien plus rapidement que dans les simulations, dans la panique, les techniciens tentent de relâcher les gaz et refroidir le délicat cœur de propulsion du vaisseau, en vain. 

    Une minuscule sonde, contenant tous les enregistrements du vaisseau, s’éloigne à grande vitesse en dehors de la nébuleuse, alors que le vaisseau disparait dans une explosion qui passerait inaperçu pour un observateur lointain dans l'immensité de la formation cosmique. 

 

  Les conséquences de l’accident ne sont pas visibles tout de suite, mais les ondes de choc vont peu à peu modifier les courants dans le nuage et provoquer des mouvements dans les amas de matières. Des étoiles vont naître un peu plus tôt que prévu dans cette zone.

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